Nos jeunes et leurs écrans

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Les confinements ont imposé dans beaucoup de pays l’école à distance pendant de nombreux mois depuis 2 ans. Nos enfants se sont retrouvés livrés à eux-mêmes devant des écrans, souvent seuls, pour étudier, suivre les cours mais aussi pour se connecter de plus en plus en parallèle à d’autres contenus de manière parfois continue. Cela leur a permis de développer une certaine autonomie dans la gestion des écrans mais des phénomènes de dépendance, d'addiction et autres difficultés sont apparus ou se sont renforcés, d’autant plus que nous vivons aujourd’hui dans un monde de plus en plus virtualisé.

 

Un monde de plus en plus numérisé

Des outils utiles

En effet, nos jeunes sont nés avec la numérisation de nos vies, tout les pousse aujourd’hui à utiliser un smartphone, une tablette, un ordinateur, une montre connectée quotidiennement pour : garder le lien avec la famille et les proches qui sont souvent loin du pays dans lequel l’enfant vit, chercher son chemin, prendre une photo, se réveiller, faire ses devoirs, planifier ses activités, rechercher le sens d’un mot, acheter des baskets, demander l’avis sur un film, écouter de la musique, s’éclairer, traduire la langue du pays dans laquelle on vit, suivre l’actualité, jouer à des jeux en ligne avec des amis… L’écran est devenu mobile, il nous suit partout, nous l’utilisons par réflexe.

Certes ces appareils peuvent être de formidables outils de communication et d'accès à l'information surtout quand on vit à l’étranger, mais à condition de savoir s’en servir…

L’âge du 1er smartphone recule sans cesse (10 ans) et diffère d’un pays à un autre. Nos enfants expatriés doivent s’adapter à leur nouveau pays d'accueil et à ses codes. Parfois les enfants de certains pays sont équipés très tôt car ils prennent seuls les transports pour venir à l'école ou parce que leurs parents, inquiets, veulent pouvoir joindre leurs enfants à tout moment lorsqu'ils sont seuls dans un pays où ils ne maîtrisent pas la langue, ou tout simplement pour s’intégrer plus facilement dans un nouveau pays.

Nos enfants, qui y ont accès de plus en plus jeune, ont besoin d’être accompagnés dans la gestion de leurs usages au risque de décrocher scolairement, de se couper de vraies relations sociales ou de ne plus avoir d’autres activités “réelles” (sportives, artistiques…) ou même de ne pas être heureux ! Nous, adultes, pouvons les aider à les utiliser de manière équilibrée et variée afin qu’ils vivent épanouis dans un mode réel.

Une autorégulation plus difficile

Les jeunes sont moins capables que nous adultes de gérer ces appareils. On sait combien cela est déjà compliqué pour beaucoup d’adultes, cela l’est encore plus pour nos enfants. Leur cerveau n’est pas mature avant 25 ans ! L’utilisation excessive des écrans complique ou ralentit le développement du cerveau. Aussi, les applications que nos jeunes utilisent (instagram, snaptchat, youtube, twitter...) sont conçues pour les rendre accros en activant dans leur cerveau la molécule responsable du plaisir, de la motivation et de l’addiction : la dopamine. A chaque fois qu’ils consultent l’écran, (liker, faire défiler le fil d’actualité, consulter une notification, jouer...), leur corps génère cette molécule. Petit à petit, une habitude et une dépendance s'installent.

 

Mais quel est le réel danger ?

Plus ce circuit du plaisir est actionné, plus on passe du temps sur les écrans et moins on passe du temps à pratiquer d’autres activités réelles, car tout est fait pour qu’on ait envie d’y rester.

Pour nos jeunes, c’est d’autant plus difficile à réguler car leur cerveau n’est pas mature pour cela. Leur attention et leur concentration, indispensables pour mémoriser, diminuent et des difficultés scolaires peuvent apparaître.

Faire ses devoirs, apprendre une leçon en étant dérangé par des notifications est impossible. Le cerveau ne peut pas se concentrer sur 2 choses en même temps.

Certains jeunes peuvent aussi souffrir de troubles anxieux, de symptômes dépressifs, d’isolement : ils se sentent mal quand ils ne reçoivent pas de like ou quand ils comparent leur vie à la vie idéalisée des autres sur les réseaux ou quand ils ne peuvent s’empêcher de consulter constamment leur téléphone car ils ont peur de manquer quelque chose… (sans parler de l’exposition à certains contenus à caractère violent ou pornographique qui peuvent être dangereux car inadaptés aux jeunes).

Des troubles du sommeil, de la fatigue peuvent apparaître également : nos jeunes sont amis avec d'autres expatriés qui sont sur des fuseaux horaires différents, ils se parlent donc à des heures tardives dans la nuit en continu.

Vous allez me dire, tout cela est vraiment sombre et inquiétant !

Oui, ça l’est ! Et le phénomène s’aggrave au fil du temps au vu de l’accès de plus en plus facile aux applis quelque soit l’âge.

 

Un réel besoin de disponibilité et d’accompagnement

Mais il est possible d’aider et d’accompagner nos enfants à grandir dans ce monde connecté et d’y recourir au mieux ! Cela passe par un dialogue autour de leur utilisation des écrans et la mise en place ensemble avec eux d’un cadre : poser des limites, les responsabiliser dans leur utilisation, les protéger et leur permettre de grandir dans un monde réel.

Prendre conscience

En 1er lieu, vous pouvez aider votre jeune à prendre conscience que les difficultés qu’il rencontre dans son travail scolaire, à l’école, dans ses relations…. peuvent être dues à une mauvaise utilisation de son smartphone. Il sera plus facile de l’aider ensuite à envisager ses propres solutions.

Favorisez le dialogue sur ce sujet et aidez-le à s’observer, analyser sa consommation en temps et en contenu, montrez l’exemple en tant que parent, éveillez son sens critique sur ces applis et le temps consacré.

Ensuite vous pouvez l’aider à mettre en place une auto discipline personnelle, comme sa propre hygiène de vie, en se fixant des objectifs et limites progressivement (chaque petit pas est important et est une avancée) dans le but d’un mieux-être.

Astuces techniques

Il y a ensuite des solutions techniques que vous pouvez actionner avec lui, en voici quelques exemples : configurer son téléphone en instaurant un temps d’écran journalier (par exemple des plages horaires précises, pas pendant les devoirs, pas le soir après telle heure, couper le wifi…) et des accès limités à certaines applications, en enlevant les notifications … Il est capital de faire cela avec lui en créant un dialogue autour de son utilisation et toujours en l'éveillant aux risques d’une utilisation addictive. Ces moments partagés autour d’un intérêt et d’une volonté pour son bien-être concrétisent votre attention à son égard, votre investissement dans votre rôle de parent éducateur et accompagnateur.

En famille

Vous pouvez aussi réfléchir en famille (adultes et enfants) sur les habitudes de la famille en écrivant une charte familiale : instaurer par exemple un lieu dans la maison où sont rangés les écrans, où les utiliser, des moments sans écran (à table, pas après le dîner, une journée sans écran de temps en temps….) afin de privilégier des vrais moments et lieux en famille, propices aux échanges et discussions de qualité, de leur faire réaliser tout ce qu’on peut faire de merveilleux dans la vie réelle !

Incitez également votre ado (et vous-même ?) à se poser de temps en temps la question “Est-ce que j’ai vraiment besoin de consulter mon téléphone tout de suite ?”

Tout cela pour aider nos jeunes à contrôler eux-mêmes leurs écrans sans que leurs écrans ne les contrôlent.

Communiquez

Enfin et c’est sûrement le plus important : en tant que parent d’ados, profitez du temps avec votre jeune avant qu’il ne s’envole ! Demandez-vous ce que vous voulez vivre avec lui, que regretterez-vous de ne pas avoir fait avec lui ? Passez du temps ensemble, intéressez-vous à ce qu’il aime, ce qui le questionne, ce qui le fait vibrer ! Proposez-lui des activités, créez d’autres envies, partagez un sport ou autre centre d’intérêt, échangez, discutez, débattez, écoutez-le ! Jouez à des jeux de société, invitez des amis, ! Félicitez-le, encouragez-le dans ses efforts…

Maintenez une communication de qualité, quelque soit l'humeur et les sujets de tension, soyez présents et disponibles pour lui, gardez un lien avec la vraie vie, aidez-le à prendre confiance en lui !

Bref, aimez-le ;)

Faites-vous aider

Si tout cela vous semble compliqué, si vous avez déjà essayé, si vous êtes arrivé à un point où le dialogue est rompu, faites-vous aider, vous n’êtes pas seuls !

Cela peut être plus facile souvent de passer par une autre personne, plus extérieure au “problème” : un autre membre de la famille que votre enfant apprécie et en qui il a confiance (un grand frère, une tante...), un adulte référent (un entraîneur de son sport favori…) ou enfin un professionnel : un thérapeute s’il souffre et s’il y a syndrome dépressif, un coach pour l’aider à conscientiser et mettre en place des moyens d’action concrets dans le temps.

Acceptez vos enfants, aidez-les à grandir et à devenir des adultes heureux et équilibrés dans un monde réel :) en remettant les écrans dans leur rôle d’origine : c’est un outil qu’il faut apprendre à maîtriser et non une activité à part entière qui prend le dessus de leurs (nos) vies.

 

Écrit pour Expat pro par Virginie Duchatelet, Coach professionnelle certifiée, spécialisée en coaching scolaire, elle accompagne les adolescents et jeunes adultes de 12 à 25 ans. Elle intervient sur différentes thématiques : orientation, méthodologie, organisation, développement de l’auto discipline dans le travail scolaire, motivation, préparation aux oraux et entretiens, gestion des écrans (meilleure utilisation des smartphones et des réseaux sociaux).
Son site : https://www.virginieduchatelet-coaching.com/